Islamzoom

Islam

La vérité sur l’islam : sept idées reçues à la lumière des textes

Bien des idées fausses circulent sur l’islam. Certaines viennent d’une méconnaissance de la religion ; d’autres, à l’inverse, sont des arguments répétés de bonne foi par des musulmans, mais inexacts : chiffres inventés, références bibliques erronées, citations déformées. Une cause juste n’a pas besoin d’arguments fragiles. Voici donc sept idées reçues, examinées à la lumière du Coran, de la Sunna authentique et de faits vérifiables, dans le respect des juifs et des chrétiens que le Coran demande d’observer : « Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre » (Coran, 29:46).

1. « L’islam a été fondé par Mohammed ﷺ »

On présente souvent l’islam comme une religion nouvelle, créée il y a quatorze siècles par le Prophète Mohammed ﷺ. Pour les musulmans, ce n’est pas le cas : la soumission au Dieu unique est la religion de l’humanité depuis Adam, et tous les prophètes l’ont prêchée. Mohammed ﷺ n’en est pas le fondateur, mais le dernier messager, « le Messager d’Allah et le sceau des prophètes » (Coran, 33:40). Le Coran le dit expressément :

« Il vous a légiféré en matière de religion ce qu’Il avait enjoint à Noé, ce que Nous t’avons révélé, ainsi que ce que Nous avons enjoint à Abraham, à Moïse et à Jésus : “Établissez la religion et n’en faites pas un sujet de division.” » (Coran, 42:13)

De même, « Abraham n’était ni juif ni chrétien. Mais il était entièrement soumis à Allah (musulman) » (Coran, 3:67). Les historiens, qui travaillent avec d’autres méthodes, situent naturellement l’apparition de la communauté musulmane en Arabie au VIIe siècle, avec la prédication du Prophète ﷺ. Les deux points de vue ne se contredisent pas : l’un décrit l’histoire d’une communauté, l’autre la foi qu’elle professe, celle d’un message très ancien, confirmé et parachevé par le Coran. Découvrez la vie du Prophète Mohammed ﷺ.

2. « Mohammed ﷺ est le seul prophète de l’islam »

Croire en tous les prophètes fait partie de la foi musulmane. Le Coran ordonne de le proclamer :

« Dis : “Nous croyons en Allah, à ce qu’on a fait descendre sur nous, à ce qu’on a fait descendre sur Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les Tribus, et à ce qui a été apporté à Moïse, à Jésus et aux prophètes, de la part de leur Seigneur : nous ne faisons aucune différence entre eux ; et c’est à Lui que nous sommes soumis.” » (Coran, 3:84)

La même profession de foi, adressée cette fois à l’ensemble des croyants (« Dites : … »), figure au verset 2:136. Vingt-cinq prophètes sont nommés dans le Coran : Adam, Idris (souvent identifié à Hénoch), Noé (Nouh), Houd, Salih, Abraham (Ibrahim), Loth (Lout), Ismaël (Ismaïl), Isaac (Ishaq), Jacob (Yaqoub), Joseph (Youssouf), Job (Ayyoub), Chouaïb, Moïse (Moussa), Aaron (Haroun), Dhou al-Kifl, David (Daoud), Salomon (Soulayman), Élie (Ilyas), Élisée (al-Yasa’), Jonas (Younous), Zacharie (Zakariya), Jean-Baptiste (Yahya), Jésus (Issa) et Mohammed ﷺ. D’autres ne sont pas nommés : « Il en est dont Nous t’avons raconté l’histoire ; et il en est dont Nous ne t’avons pas raconté l’histoire » (Coran, 40:78), car Dieu a envoyé un messager à chaque communauté (Coran, 16:36). Le Prophète ﷺ résumait ce lien par une image : « Les prophètes sont des frères de même père : leurs mères sont différentes, mais leur religion est une » (rapporté par al-Bukhari, n° 3443, et Muslim, n° 2365).

3. « Jésus n’a aucune importance dans l’islam »

C’est tout le contraire : Jésus (Issa) est l’un des plus grands prophètes de l’islam. Il faut toutefois corriger un chiffre qui circule largement : non, son nom n’apparaît pas « 500 fois plus » que celui de Mohammed ﷺ dans le Coran. Les chiffres exacts sont les suivants :

NomOccurrences dans le Coran
Issa (Jésus)25
al-Masih (le Messie), titre de Jésus11
Maryam (Marie)34
Mohammed4 (3:144, 33:40, 47:2, 48:29)
Ahmad, autre nom du Prophète ﷺ1 (61:6)
Moussa (Moïse)136
Ibrahim (Abraham)69

Jésus est donc nommé environ cinq fois plus souvent que Mohammed ﷺ, mais Moïse est de loin le prophète le plus cité. Ces chiffres ne mesurent d’ailleurs pas l’importance du Prophète ﷺ : c’est à lui que le Coran s’adresse directement d’un bout à l’autre, par l’impératif « Dis… » (plus de trois cents fois) ou par les apostrophes « Ô Prophète ! » et « Ô Messager ! ».

Ce qui est vrai, c’est la place éminente que le Coran donne à Jésus et à sa mère. Marie est la seule femme nommée dans le Coran ; une sourate porte son nom, la sourate Maryam, et les anges lui disent : « Allah t’a élue et purifiée ; et Il t’a élue au-dessus des femmes des mondes » (Coran, 3:42). Le Coran raconte la naissance miraculeuse de Jésus sans père (Coran, 19:16-34), l’appelle le Messie et « une parole » venant de Dieu (Coran, 3:45), et rapporte ses miracles, accomplis « par la permission d’Allah » (Coran, 3:49). Le Prophète ﷺ a dit : « Je suis, de tous les hommes, le plus proche de Jésus fils de Marie, ici-bas et dans l’au-delà » (rapporté par al-Bukhari, n° 3443).

Les différences avec la foi chrétienne sont réelles et doivent être dites avec honnêteté : l’islam voit en Jésus un messager humain et non le Fils de Dieu (Coran, 4:171 ; 5:75), et le Coran affirme qu’il n’a été ni tué ni crucifié (Coran, 4:157). Des musulmans font souvent remarquer que, si le Coran était l’œuvre de Mohammed ﷺ — ce que les musulmans ne croient pas, puisqu’ils y voient la Parole de Dieu —, il serait étonnant que son « auteur » s’y nomme si peu et y célèbre autant d’autres figures. C’est une réflexion que chacun peut méditer, pas une preuve au sens strict.

4. « Mohammed ﷺ n’est pas annoncé dans la Bible »

Les musulmans croient que la venue du Prophète ﷺ a été annoncée dans les Écritures antérieures, parce que le Coran le dit : il évoque « le Prophète illettré qu’ils trouvent écrit (mentionné) chez eux dans la Thora et l’Évangile » (Coran, 7:157), et rapporte que Jésus a annoncé « un Messager à venir après moi, dont le nom sera Ahmad » (Coran, 61:6). C’est cette parole du Coran qui fonde la conviction des musulmans.

Plusieurs savants musulmans, comme Ibn Taymiyya (XIVe siècle) dans al-Jawâb as-sahîh ou Rahmatullah al-Kairanawi dans Izhâr al-Haqq (1864), ont relevé des passages bibliques qu’ils lisent comme des annonces du Prophète ﷺ. Les plus cités sont :

  • Deutéronome 18:18 : « Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche. » Ces auteurs y voient les descendants d’Ismaël, « frères » des Israélites ; les chrétiens l’appliquent à Jésus (Actes 3:22).
  • Jean 14:16 : la promesse d’« un autre consolateur » (le Paraclet). Ces auteurs l’identifient au Prophète ﷺ ; pour les chrétiens, il s’agit de l’Esprit Saint, nommé explicitement quelques versets plus loin (Jean 14:26).

Un autre argument, popularisé par certains prédicateurs contemporains, doit être corrigé. On lit souvent que Mohammed serait cité nommément dans le Cantique des cantiques, « chapitre 20, verset 16 », sous la forme « Mohammadim ». Or ce livre ne compte que huit chapitres : le passage visé est Cantique des cantiques 5:16, que la Bible Segond traduit par « Son palais n’est que douceur, et toute sa personne est pleine de charme ». Le mot hébreu est mahamaddim, que ces prédicateurs lisent comme le nom Mohammed accompagné d’un pluriel de respect. Les hébraïsants, juifs comme chrétiens, y voient un adjectif signifiant « désirable, charmant » : le même mot (mahmad) apparaît dans une dizaine d’autres versets de la Bible hébraïque, avec le sens d’« objet précieux », par exemple en Lamentations 1:10, Ézéchiel 24:16 ou Osée 9:16. Par ailleurs, la racine hébraïque h-m-d exprime le désir, alors que la racine arabe correspondante exprime la louange. Mieux vaut donc ne pas avancer cet argument comme une preuve.

En résumé, la foi des musulmans en l’annonce du Prophète ﷺ repose sur le Coran ; les lectures de passages bibliques sont des interprétations, respectables, que juifs et chrétiens ne partagent pas.

5. « Mohammed ﷺ n’est respecté que par les musulmans »

Le Prophète ﷺ est bien sûr d’abord aimé de ses fidèles : « Vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle [à suivre], pour quiconque espère en Allah et au Jour dernier et évoque Allah fréquemment » (Coran, 33:21) ; « Et Nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour l’univers » (Coran, 21:107). Mais de nombreux auteurs non musulmans ont aussi souligné son rôle exceptionnel. Encore faut-il les citer exactement.

Le classement de Michael H. Hart

En 1978, l’Américain Michael H. Hart, astrophysicien de formation et non historien, publie The 100: A Ranking of the Most Influential Persons in History, réédité et révisé en 1992, sans changement dans les dix premières places. Il y classe cent personnalités selon l’influence qu’elles ont exercée sur l’histoire. Son « top 10 » est le suivant :

  1. Mohammed ﷺ
  2. Isaac Newton
  3. Jésus
  4. Bouddha
  5. Confucius
  6. Paul de Tarse
  7. Cai Lun (Ts’ai Lun), à qui l’on attribue l’invention du papier
  8. Johannes Gutenberg
  9. Christophe Colomb
  10. Albert Einstein

Hart justifie son choix ainsi : « Mon choix de placer Mohammed en tête de la liste des personnes les plus influentes du monde surprendra peut-être certains lecteurs et sera contesté par d’autres, mais il fut le seul homme de l’histoire à réussir de manière suprême sur les plans à la fois religieux et séculier. » Précisons que Hart, qui n’est pas musulman, raisonne en historien de l’influence : il attribue d’ailleurs le Coran à Mohammed, ce que les musulmans ne croient pas.

Ce qu’ont écrit Lamartine, Gandhi, Goethe, Durant et Le Bon

  • Alphonse de Lamartine, Histoire de la Turquie (1854) : « Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l’immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l’homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l’histoire moderne à Mahomet ? » Il ajoute : « Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d’idées […], voilà Mahomet. À toutes les échelles où l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ? » Par honnêteté, il faut préciser que Lamartine, resté chrétien, place aussitôt Jésus au-dessus de lui et ne reconnaît pas sa prophétie.
  • Gandhi, dans le journal Young India (1924) : « Je suis devenu plus que jamais convaincu que ce n’est pas l’épée qui a valu à l’islam sa place à cette époque. Ce furent la rigoureuse simplicité, l’effacement total du Prophète, son respect scrupuleux des engagements, son intense dévouement envers ses amis et ses compagnons, son intrépidité, son absence de peur, sa confiance absolue en Dieu et en sa propre mission. » Gandhi parle bien des débuts de l’islam (« à cette époque »), et non des « temps modernes », comme le disent certaines traductions.
  • Goethe, dans les notes de son Divan occidental-oriental (1819), distingue le prophète du poète : selon lui, Mohammed « est prophète et non poète », et son Coran doit donc être considéré comme une loi divine, et non comme un livre humain destiné à l’instruction ou au divertissement.
  • Will Durant, philosophe et historien américain, The Age of Faith (1950) : « Si nous jugeons la grandeur à l’influence, il fut l’un des géants de l’histoire. » Durant écrit « l’un des géants », et non « le plus grand ».
  • Gustave Le Bon, médecin et sociologue français, La Civilisation des Arabes (1884) : « S’il faut juger de la valeur des hommes par la grandeur des œuvres qu’ils ont fondées, nous pouvons dire que Mahomet fut un des plus grands hommes qu’ait connus l’histoire. » Là encore : « un des plus grands », et non « le plus grand ».

D’autres citations circulent beaucoup, comme celle attribuée à George Bernard Shaw selon laquelle un homme comme Mohammed « résoudrait les problèmes du monde moderne ». Elle est généralement sourcée dans une revue de Singapour de 1936, The Genuine Islam, et son origine exacte n’a jamais été clairement établie : il est préférable de ne pas l’utiliser. Au fond, le plus bel éloge reste celui du Coran : « Et tu es certes d’une moralité éminente » (Coran, 68:4). Vous pouvez en juger par vous-même en lisant les paroles du Prophète ﷺ.

6. « Les prophètes n’ont pas tous apporté la même religion »

Pour l’islam, tous les prophètes ont apporté le même message fondamental : l’unicité de Dieu et l’obligation de n’adorer que Lui.

« Et Nous n’avons envoyé avant toi aucun Messager à qui Nous n’ayons révélé : “Point de divinité [véritable] en dehors de Moi. Adorez-Moi donc !” » (Coran, 21:25)

Il serait toutefois inexact de dire qu’il n’y a « pas un iota de différence » entre leurs enseignements : la croyance est la même, mais les lois, elles, ont varié selon les peuples et les époques. « À chacun de vous Nous avons assigné une législation et une voie à suivre » (Coran, 5:48). La forme de la prière, les règles alimentaires ou celles du repos hebdomadaire n’étaient pas identiques chez Moïse et chez Mohammed ﷺ.

Pourquoi, alors, le judaïsme, le christianisme et l’islam divergent-ils sur des points essentiels ? Selon le Coran, des désaccords sont nés « après avoir reçu la science » (Coran, 3:19), et une partie des Écritures antérieures a été oubliée ou altérée (Coran, 2:79 ; 5:13). C’est la position de l’islam ; les juifs et les chrétiens comprennent bien sûr leurs Écritures autrement. Le Coran, lui, refuse de mettre tout le monde dans le même sac : « Ils ne sont pas tous pareils. Il est, parmi les gens du Livre, une communauté droite qui, aux heures de la nuit, récite les versets d’Allah en se prosternant » (Coran, 3:113).

7. « L’islam n’est pas la religion de tous les prophètes »

Le mot « islam » signifie la soumission à Dieu, et c’est en ce sens que le Coran affirme : « Certes, la religion acceptée d’Allah, c’est l’islam » (Coran, 3:19). Il qualifie d’ailleurs de « musulmans », c’est-à-dire de soumis à Dieu, les prophètes et les croyants d’avant Mohammed ﷺ : Abraham et Ismaël prient « Fais de nous Tes soumis » (Coran, 2:128) ; les fils de Jacob déclarent adorer « une Divinité unique, à laquelle nous sommes soumis » (Coran, 2:133) ; Moïse dit à son peuple : « Si vous croyez en Allah, placez votre confiance en Lui, si vous êtes soumis » (Coran, 10:84) ; et les apôtres de Jésus lui disent : « Sois témoin que nous Lui sommes soumis ! » (Coran, 3:52).

D’où viennent les mots « judaïsme » et « christianisme » ?

Un argument fréquent consiste à dire que ni Moïse ni Jésus n’ont employé ces mots. C’est exact, mais les faits avancés à l’appui sont souvent erronés. Rétablissons-les :

  • Le mot « juif » vient de Juda (en hébreu Yehouda), l’un des douze fils de Jacob — le quatrième, et non l’aîné, qui était Ruben (Genèse 29:32-35). Son nom a été donné à une tribu, puis au royaume de Juda et à la Judée. Le terme grec Ioudaismos (« judaïsme ») apparaît pour la première fois dans le deuxième livre des Maccabées (IIe siècle avant notre ère).
  • Le mot « chrétien » apparaît trois fois dans le Nouveau Testament. Le premier passage dit : « Ce fut à Antioche que, pour la première fois, les disciples furent appelés chrétiens » (Actes 11:26). Ce sont donc les disciples de Jésus qui furent ainsi nommés, sans doute par leur entourage, et non « leurs ennemis », comme on le lit parfois. Le mot « christianisme » est attesté pour la première fois au début du IIe siècle, dans les lettres d’Ignace d’Antioche.

Les auteurs musulmans en tirent une réflexion : si l’on demandait à Moïse ou à Jésus quelle était leur religion, ils ne répondraient pas par un nom qu’ils n’ont pas connu, mais décriraient la soumission totale à la volonté de Dieu, que la langue arabe exprime par le mot islâm. Ce raisonnement exprime la conviction musulmane ; il ne vise pas à nier l’identité que les juifs et les chrétiens se donnent eux-mêmes.

Le Coran va plus loin encore : toute la création se soumet à Dieu. « Désirent-ils une autre religion que celle d’Allah, alors que se soumet à Lui, bon gré, mal gré, tout ce qui existe dans les cieux et sur la terre ? » (Coran, 3:83). Le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres et les animaux se prosternent devant Lui (Coran, 22:18). En ce sens, l’univers entier obéit aux lois de son Créateur ; l’être humain, lui, est appelé à se soumettre librement, par choix et par amour.

Conclusion

On résume parfois ce qui précède par la formule « un seul Dieu, un même message ». Pour les musulmans, Moïse et Jésus étaient « musulmans » au sens coranique du mot, c’est-à-dire soumis à Dieu, sans pour autant avoir suivi Mohammed ﷺ, venu après eux. Aujourd’hui, être musulman, c’est vivre cette soumission en suivant le dernier messager, en commençant par l’attestation de foi, la chahada. Et c’est avec la sagesse que le Coran demande de partager cette conviction : « Par la sagesse et la bonne exhortation, appelle au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon » (Coran, 16:125).

↑ ↓ naviguer↵ ouvrirEsc fermer